Jeudi 21 Juin 2007

27 km après Ciudad Juarez, 4 képis barrent la route.

RamÓn coupe le moteur de la Honda d’Yvan et tout sourire tends sùs papeles Francéses aux gardes frontières chargés de vérifier le trafic des Gringos entrant dans le pays.

Agréablement surpris, les gardes accueillent RamÓn avec beaucoup d’égards. Au Mexique on aime bien les Français, car venus jadis leur donner un bon coup de main, ils ont depuis droit de cité sur tout le territoire.

Et RamÓn cause parfaitement l’espagnol.

La XR est en règle et il joue les touristes tranquilles. Il désire se rendre à Acapulco en prenant les chemins de traverses. C’est en longeant la côte Pacifique, qu’il va enfin pouvoir se reposer des sa longue traversée Américaine. Parti 22 jours plus tôt de Boston (où, il a récupéré la moto d’Yvan, une superbe 600 XR rouge et bleue), il a voyagé au travers toute l’Amérique de W, se nourrissant de steak archi cuits et ravitaillé plus de 40 fois la Honda. Il a naturellement emprunté la mythique route 66 (enfin ce qu’il en reste) bien après Nashville. A la sortie de Boston il avait taillé la route direction Pittsburgh traversant les longues plaines très chiantes de Pennsylvanie, pour découvrir une ville miroir impressionnante. Des buildings extraordinaires tout de verre et d’acier, dans un décor montagneux monumental. Il a visité cette belle citée, s’est régalé en découvrant le musée des chemins de fer et fit route vers l’ouest.

Il a traversé l’Arkansas, à soigneusement évité Dallas, pour se pointer comme une fleur à El Paso, capitale mondiale de la botte. Là, après avoir fait l’emplette d’une paire de Mexicaines, il s’est restauré dans un estanco Mexicain et a regardé la carte routière du Mexique. Il décide ne pas passer par le poste frontière de C. Juarez en remontant plus à l’ouest. Il fait un temps superbe pour un mois de décembre mais il est vrai que l’équateur se rapproche. La route est dégagée, les panneaux sont à nouveaux en km et la limite maxi est passée à 120 km/h. Il ouvre tranquille, les virolos sont cool et la moto d’Yvan tourne comme une horloge. Il attaque un raidillon à allure soutenue, négocie son virage avec aisance et doit déjà piller comme un forcené : ces messieurs du comité de réception sont là, à l’attendre, épatés par le bruit du mono Honda qui gronde depuis 2 bornes à leurs oreilles. L’acoustique est stupéfiante entre ces collines et renvoie le son mélodieux du XR avec force.

L’arrivée de RamÓn, la roue arrière en vrac amuse beaucoup les gardes qui espèrent le bon ricain en mal de Mariejeanne et qu’ils vont pouvoir plumer ou mieux, embarquer au poste pour un interrogatoire surprise. Et chez eux, les gens sont s’y accueillants, que lorsqu’un individu étranger, donc louche est invité à passer à table, le sévice est toujours compris !

_Eh gringo !
_Francès explique RamÓn !

Et tout rentre dans l’ordre. Alors RamÓn reprends sa route, salué par ses nouveaux amis. Etrange, que cette réponse à sa question posée juste avant de repartir, alors qu’il s’inquiétait de dégoter un petit coin peinard pour passer la nuit !

Amigo lui a dit le garde (textuel) : si tu veux te réveiller demain matin, à la première station service, glisse toi entre deux camions et tu pourras dormir tranquille !

A l’entrée d’Hermosillo, il avise un singulier panneau qui propose deux routes possibles. La première, écrite en gras vante une arrivée dans la ville sans stress. La seconde modestement indique : Hermosillo, route gratuite. RamÓn ne se pose pas de question et emprunte la bande de goudron la moins chère. Cette bande d’asphalte se dégrade un peu par endroits mais reste très carrossable. Hermosillo 26 km, une paille. La moto d’Yvan se joue des nids de poule de plus en plus fréquents, sautille sur les bosses formées par un goudron recuit au soleil, et doit quand même stopper devant une faille copieuse, pleine de gravas et de terre blanche. Au Mexique, c’est comme çà les routes gratuites, elles ne sont plus entretenues que par de gentils cantonniers paresseux, qui manquent de tout. Alors on remblaie comme on peut. Mais un 600 XR, çà passe partout, il faut juste que RamÓn reste vigilant, pour franchir ces nouveaux pièges.

Près de Los Mochis, RamÓn est à nouveau confronté au choix cornélien du bitume ou sentier muletier. Quand on aime l’enduro et que l’on est équipé de la moto d’Yvan, çà devient grandiose. RamÓn s’habitue très bien à sa nouvelle vie mexicaine. Le panard, c’est lorsque le soir venu il entre dans un patelin perdu pour se ravitailler et part vers les plages superbe du Pacifique pour y passer la nuit à la belle étoile. Au matin, la baignade est de rigueur. Après un frugal déjeuner, il contrôle le niveau d’huile et inspecte la Honda. RAS. Il peut tracer vers Mazatlán, prochaine étape de son périple. La ville est d’importance et toutes les routes sont correctes. Il a enfin vu sur les bas côtés de la grande route, les fameux Angeles Verdes, qui assistent les voyageurs en détresse. Ils ont des gros 4X4, les anges verts, drôlement équipés qu’ils sont. Mais comme ils ne sont pas partout, RamÓn s’est substitué à eux, sauvant un jeune Mexicain bien embêté par la pompe à essence de son vieux Toyota. En faisant halte sur un parc en retrait de la route, il a vu ce type, le capot du pick-up dressé vers le ciel qui semblait regretter d’être là.

RamÓn se présente, s’informe et trouve la parade : prenez un bidon, on va le remplir d’essence, le placer sur le toit et un long tuyau le reliera au carburateur.

Par gravité, l’essence coulera jusqu’aux carbu, rendant possible un déplacement jusqu’au garage le plus proche. Par sécurité, RamÓn le suivra un bout de chemin.

Bon an, mal an ils arrivent chez le réparateur local qui prend en charge le tacot de Diego qui pour remercier RamÓn l’invite dans un bar typiquement local.

Diego monte derrière RamÓn sur la moto d’Yvan et se rendent dans la banlieue proche pour faire halte devant une grange ! Etrange endroit pour un bistrot se dit RamÓn ; mais confiant, il suit son nouveau copain à l’intérieur.

A l’intérieur, justement il n’y a personne. Des tables de quatre, un comptoir de bois, une estrade et absolument rien sur les murs blanchis à la chaux composent cet étrange lieu (en espagnol : ùn lugar extraño).

Assieds toi lui Diego, ils ne vont pas tarder à arriver. En effet, un type se pointe dans les 2 minutes, la main lestée d’un seau en fer qu’il dépose sans un mot à leurs pieds.

Connaisseur, Diego plonge la main dans le seau plein de glace et en sort 2 Tecate. RamÓn choppe la bière très rafraîchie et déjà cherche son couteau suisse. Amusé, Diego lui montre les ouvre-bouteilles fichés sur chacun des pieds de la table. A la troisième binouze, un bonhomme basané entre et sans mot dire se pose à une table voisine. Immédiatement le seau de fer est amené par le muet de tout à l’heure qui re disparaît, happé par son immense comptoir. Deux bières se passent et déjà la moitié de la salle est remplie. Il 11 h 30, il fait chaud, la Tecate toujours fraîche et le seau semble intarissable. La vie est belle. Diego et RamÓn, l’alcool aidant s’entendent comme larrons en foire.

Midi, Diego déniche les deux dernières bières au fond du seau, maintenant plein de flotte. Les étiquettes surnagent mollement à la surface légèrement grisée de colle. RamÓn quant à lui a aussi la langue qui colle et son copain Diego est lui aussi grisé. RamÓn va pisser, longtemps puis revient à la table où l’attends une belle assiette de soupe. Elle est très chaude, odorante et les morceaux de poissons qui la compose sont appétissants.

Madré dé dios, elle est sacrément relevée cette soupe, mais tellement suave au goût, que nos deux boit-sans-soif hèlent un serveur qui passe entre les tables, des seaux à chaque bras. Ils trinquent joyeusement et se tournent vers les gars qui investissent l’estrade, les mains pleines d’instruments de musique : guitare, accordéon, trompette, flûte, guitare à nouveau, planche à laver et voilà que les musicos attaque le bœuf pour se dérouiller les instruments et chauffer la salle.

Pendant ce temps, Diego et RamÓn attaque voracement la dorade grillée, qu’un serveur vient de distribuer également à tous les hommes présents dans la salle.

_Ici c’est ainsi explique Diego. On boit et on mange, en écoutant de la musique.

_Les femmes n’ont pas le droit de venir s’inquiète RamÓn ?

_Non, répond Diego, elles ont le droit de venir, mais ne sont jamais venues. Elles préfèrent les bars du centre ville, plus colorés et moins bruyants.

Il est vrai que les musiciens se la donne à donf et que la température a drôlement monté depuis une heure. Quelques Mexicains se dandinent devant l’orchestre une bière à la main l’air ravi.

RamÓn est bien mûr maintenant, quant à Diego qui est tombé de sa chaise et il rigole dans la sciure, ivre mort.

A eux deux, ils ont descendus deux seaux entiers et ne désespèrent pas de voir le fond du troisième !

C’est vers cinq heures de l’aprèm. qu’ils se sont soutenus pour rejoindre la moto d’Yvan qui les attendait bien sagement sous le soleil.

Dire que ce fut du sport pour nos deux compères de rallier le garage automobile est un euphémisme. Une expédition ! Bilan : un levier d’embrayage pété, deux clignos démantelés, un repose pieds arraché, sélecteur et guidon tordus, tout çà en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire. Complaisants, les gens du garage ont arrangés les choses avec imagination et célérité.

Naturellement il est convenus que RamÓn dormira ce soir chez Diego, pour reprendre sa route le lendemain, après une bonne nuit de repos et probablement un gros mal de crâne.

 

Au matin après une bonne douche froide (Diego n’a pas l’eau chaude dans sa maison) RamÓn est reparti vers Puerto Vallarta à dos de moto.

D’ici trois ou quatre jours, il sera alors en vue d’Acapulco, où son ami Hubert lui a réservé une chambre dans son petit motel, au terminus de son voyage.

La moto d’Yvan pourra être fière d’avoir emmené RamÓn sans encombres au terme de son voyage Mexicain…

publié par Bidoudumuzo dans: Voyage / Voyage
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