
Après les patrons voyous, les politiciens véreux, une nouvelle forme d’abuseurs arrive sur la place : le motard voyou.
Manquait plus que çà.
Heureusement que le seul actuellement recensé est le sieur Estrosi Christian, Président du conseil général des Alpes-Maritimes et Secrétaire d'État chargé de l'Outre-mer auprès du Ministère de l'Intérieur dans le gouvernement Fillon.
Ainsi cet homme qui jadis allait vite sur boudin, copain du Psdt de France a du faire un voyage à peine plus coûteux que le dernier aller-retour du Clemenceau.
Merde, je m’excuse qu’il a dit.
Lui oui, mais nous ?
Si on lui demande le prix de la baguette de pain, il va sans doute nous apprendre qu’elle doit probablement coûter aux alentours des 5 euros…
Qui a dit : ils font pareil ?
La moto d’Yvan est malade !
Cà, c’est un travail pour Denis, le mécano de la moto d’Yvan. Il commence par sortir le moteur et l’éclate en mille morceaux. Il mesure les jeux, nettoie les plans de joints, dégraisse chaque pièce, remplace les chaînes de distrib. rode les seize soupapes etc, etc.
Un sacré taf en perspective. Il en profite pour remplacer les roulements de la colonne de direction, complètement billés, par manque de graisse, graisse également tous les axes, et dégraisse son pantalon. Les pistons ne sont plus à la côte, normal, après 92000 kilomètres de bons et loyaux services. Pas gonflé le Denis, il décortique un second moteur identique et rafle tout ce qui peut encore servir. La pompe à huile, les pistons, axes et segments, des linguets de culbuteurs à peine marqués… Adieu ancienne moto d’Yvan, bonjour nouvelle moto d’Yvan ! En rodage, évidemment, j’te raconte pas !
Comme Denis est un peu nonchalant, il lui faudra bien quatre semaines encore, avant de presser sur le bouton du démarreur, mais on peut lui faire confiance, il est champion pour faire durer, même au-delà du raisonnable la nouvelle moto d’Yvan qui sera prête pour affronter de nouvelles routes de par le monde.
Probablement que les premiers kilomètre se feront en direction de chez son copain Ramon, qu’il n’a vu depuis un siècle. Bof, 2500 km, aller et retour ne sont pas pour lui faire peur. Yvan est un excellent rouleur. 500 bornes par jour sur les départementales françaises avec resto puis dodo à la belle étoile, ne sont pas pour lui déplaire. Son 500 V4 de 78 chevaux est un régal sur petites routes et possède suffisamment d’allonge pour taquiner le 200, si nécessaire. Yvan se réjouit d’avance. Mais en attendant, il jette un coup d’œil songeur en direction des cieux qui manquent cruellement de clémence. Pluie, pluie, déluge, re-pluie et toujours pluie, non pas que ce soit vraiment démoralisant, mais comment prendre beaucoup d’angle avec des pneus de 130 de large, sous des trombes d’eau ?
Patience, après la pluie, le beau temps.
_Alors Denis, tu bosses, ou tu rêves !
_J’ai perdu un coussinet de bielle ! Je t’appelle dès que c’est fini.
Je vous l’avait dit, Denis est comme çà : nonchalant.
Dès que nous auront de bonnes photos, promis, Yvan les montre.

Comment Justin à peine âgé de 19 ans a réussi à convaincre Yvan de lui prêter sa moto, on ne le saura jamais.Toujours est-il que Yvan a ouvert son garage et a sorti à la lumière son AJS 350 de 1949.
Justin est complètement surexcité à l'idée de remettre en service ce monstre de 30 chevaux !
4 temps, arbre à cames en tête, boîte 4, à carbu Amal. Cette 7r de 49 c'est un monstre.
_Yvan : tu te goures pas avec les vitesses !
_Justin : Monsieur Yvan, je fais de la meule depuis tout petit !
_Yvan : j'te crois pas !
_Justin : tu as tort Yvan, j'ai déjà roulé sur une 500 Puch et l'Ariel du père Fromentin !
_Ok. Titille un peu, et montre moi ce que tu as dans les mollets.
RRan ! Rien
Re-RRRan ! Pet !
RRAAnn ! Togodogodogodo !
Le mono s'ébranle. Le mégaphone fume sec et pétarade, mais la moto fonctionne.
_Justin : Alors, je peux ?
_Yvan : attends un peu mon garçon, pas de panique, il faut que çà chauffe !
_Embraye, 1ère en bas et tu décomposes le mouvement, pour bien sentir la mécanique. C'est pas une AV 88 !
Justin ne se dégonfle pas, enfile son Bayard, ses gants, son trac et acalifourchonne la très belle AJS.
Le tachymètre indique maintenant 70.
Justin est fou de joie. Il semble maîtriser le maniement de la machine. Démonstration :
Il tombe les gaz, laisse descendre la petite aiguille vers le zéro puis tourne la poignée vers l'infini. Crénom, il ne se passe rien. Au contraire, le mono tousse, crache et renifle, mais refuse de prendre ses tours. Justin recalcule l'ouverture du boisseau et le moteur soutient une allure très modérée. Alors il tombe un rapport.
Troize, le mono donne de la vigueur et commence à allonger un peu.
Deuze ? Vraoumm, la moto part comme un obus.
Justin émerveillé décompose son mouvement, passe la troisième, garde le cap tire fort le rapport, patate à mort sur le quatrième rapport et l'aiguille flirte déjà avec le chiffre 130.
Le tachymètre est gradué jusqu'à 180. Y a de la marge. Justin sourit.
Il coupe les gaz, laisse retomber et recommence, toujours en décomposant ses mouvements. Trois fois de suite Justin à recommencé l'expérience, poussant tantôt à 110, tantôt à 150, entre 6500 tr/mn et 140 pulsations cardiaques.
Yvan ?
Justin !!!
_Yvan : y s'est vautré l'animal !
_Justin : flutte, Yvan !
Yvan est inquiet, mais pas trop. Justin a démarré le mono en trois coups de kick. C'est bon signe.
Justin tâte les freins. Le tambour simple came, c'est quèque chose.
L'AJS ralentie, Justin tombe en première et stoppe sur le bas côté. Il laisse ronronner la bête un instant et coupe le contact.
Yvan a dit le fil noir rigide à la masse du guidon.
Justin respecte la procédure et le moteur s'éteint.
Il sort la béquille et se penche pour écouter les cliquetis du moteur qui refroidit. Des glouglous indiquent que l'huile circule bien. Justin ôte son casque, courre, saute de joie et exécute quelques pas de danse.
Je titille, ou je ne titille pas ? Elle est chaude se dit Justin. Inutile.
Un bon coup de kick et voilà que la moto redémarre. Justin enclenche la première, fait son demi-tour et blinde vers le garage d'Yvan qui est en train de calculer que : Justin parti il y a 15 minutes, roulant à 60 à l'heure, avec
Ils arrivent en même temps.
Justin est enchanté, Yvan conquis. Il lui propose de garder la moto.
Justin explique à Yvan que vers Chauvigny, il y a des routes idéales pour se parfaire à la conduite motorisée. Yvan accepte, et dès le lendemain il prends la route bien équipé. La veille, il a révisé l'AJS, s'est préparé un bel itinéraire, a nettoyé son casque et ses bottes, et au matin ! TKV.
Ce qui signifie : Titillement, kick et vroum.
Un heure que Justin roule prudemment vers Chauvigny. La moto d'Yvan marche rond, le ciel est bleu et il a déjà pu doubler 6 voitures, en accélérant sauvagement pour qu'on l'entende bien. Mais bientôt il s'inquiète de l'essence et ré adopte un train de sénateur.
A 70 à l'heure, il se rapproche mollement du patelin suivant, en regardant tout autour de lui. Il est en rase campagne encore, le nez au vent. A l'entrée du bled, sur les façades des premières maisons, il voit des panneaux. Des affiches oubliées là par des colleurs paresseux ou chômeurs.
Quand on as pas de nouvelles affiches à poser, on laisse les anciennes. Curieux, Justin les regarde attentivement.
Veine, à l'entrée du village, il y a une station Avia ouverte.
Justin stoppe devant la pompe à bras et donne un coup de klaxon en même temps qu'un bon coup de gaz.
Voilà, voilà, on arrive chantonne une petite voix féminine. Et une jeune femme accourt vers l'étrange voyageur. Elle voit rarement de motos dans les environs.
Justin place la moto d'Yvan sur sa béquille et ouvre le bouchon du réservoir.
La demoiselle salue Justin et avec un beau sourire lui propose de faire le plein. Justin accepte en lui recommandant de n'en point verser sur la peinture, ou pire sur le moteur.
On frôlerais l'incendie !
_C'est quand même dangereux ces engins, lui dit-elle, toujours en souriant.
_C'est sûr, hein, rétorque Justin. Mais tellement excitant ! Vous avez déjà fait de la moto, ajoute-t'il amusé ?
_Jamais, répond la fille.
Comment Justin à peine âgé de 19 ans a réussi à convaincre la demoiselle de monter sur sa moto, on ne le saura jamais.
Toujours est-il que Gilberte à largué son tablier de vendeuse d'essence pour accompagner Justin à moto jusque Chauvigny, leurs quatre jambes légèrement flageolantes.
_Tu as vu, hurle Justin, ces affiches sont amusantes.
Et de faire un descriptif et des commentaires de ce qu'il remarque sur les panneaux d'affichage.
- Graines vivantes VITA, aliments SANDERS pour porcs (ceux qui donnent les meilleurs résultats pour l'élevage et l'engraissement) -
A la sortie d'un virage très sec négocié avec fermeté par Justin, Gilberte s'est accroché à Justin et lui crie dans les oreilles, que c'est bien vrai que c'est très excitant, la moto !
_Regarde, crie -t'il : cette affiche la bas, et cette autre encore.
Ils virent encore avant de casser la graine, à deux sur le même sandwich, plein d'autres pancartes comme ; «
Gilberte et Justin s'entendent très bien, maintenant. Ils se sont stoppés dans un petit chemin qui les invitait à sortir de la grande route. Il est probablement 1 heure de l'après midi.
La mécanique repose à l'ombre d'une haie et nos deux amis décident que pour le pique-nique l'endroit est idéal.
Toujours est-il que lorsqu'ils sont repartis à moto, leurs jambes flageolaient toujours.
L'AJS 350 déboule à plein régime pour leur plus grande joie, escalade les côtes dans un train d'enfer, dévale les pentes dans un hurlement, couine avant chaque virage serré, décolle même au passage à niveau avantageusement ouvert pour rallier enfin Chauvigny.
Gilberte et Justin se promène main dans la main dans les rues de chauvigny. Le jeu est de découvrir les formidables affiches, restées de l'entre deux guerres sur les murs de la ville. Gilberte remarque la première l'affiche qui invite les paysans à voter socialiste. « La voie du bon sens, grâce au SFIO ». Grande fête ce 4 juin ; concours régional agricole et hippique.
Là : La gazette du village, Politique et agricole, un an d'abonnement pour 6 Francs. Lisez le supplément agricole illustré.
Les parachutistes Français utilisent la soie Française ; Garantie fédérale française d'assurances. Venez tous à l'exposition agricole du Plan Marshall -1950-.
De la propagande politique en veux-tu, en voilà ! Votez Mermaz, Sarko, Jospin ou Courteline. Votez Chirac, Doumer, Mitterrand ou le Général (le Général Bugeaud !) mais votez quoi qu'il arrive.
Des années 1880 à 1960, des milliers d'affiches illustrées par des dessinateurs de renom, ont été diffusées dans l'hexagone à destination des ruraux, de Justin et de Gilberte aussi.
N'empêche, les Liniments Géneau de Paris, contre les boiteries, les tares molles ou osseuses sont guéries rapidement et sûrement (ce produit étant comme chacun le sait, Révulsif et Résolutif),
Ils ont sensiblement le même âge à cet instant.
Bras dessus, bras dessous, ils se promènent dans les rues de la ville q'un soleil inonde. Une merveilles ces maisons, ces ruelles, ces venelles, ces façades, ce cloître, cette gargouille, ces enseignes, ces échoppes, ces devantures qui regorgent de nourriture, ces étals bien remplis de fruits et légumes de saison. Tiens, une moto ! Wouah, une PUCH 500 Twin de 1933 !
Il s'y connaît en bécane, le Justin.
Et de montrer des particularités techniques à Gilberte qui s'accroche à son coup pour lui montrer sa fierté d'être avec un beau gars champion de motocyclettes.
Elle a deux roues et un moteur clame Gilberte en riant ! et puis un carbuteur !
L'ambiance est bonne entre eux.
Au centre du village, il y a une place entourée de cornières. Un café offre ses sièges aux consommateurs qui se prélassent en sirotant une boisson fraîche.
_Non dit Gilberte, je ne vais jamais au café.
_Oui, mais moi, j'ai soif rétorque Ju.
Comment Justin à peine âgé de 19 ans a réussi à convaincre Gilberte de s'attabler pour déguster une bière bien fraîche, on ne le saura jamais.
Toujours est-il que lorsqu'ils sont repartis à moto, leurs jambes flageolaient encore.
Sur le chemin du retour, au moment même où ils allaient reprendre la moto, Justin et Gilberte on bien vu ces trois panneaux : Machines Mac Cormick, tracteurs Deering (étudiés spécialement pour l'agriculture) avec des illustrations d'engins signées H.Brun (1929 ), ou les établissements P.Pinet (Sté anonyme au capital d'Un million) et le panneau qui tue : celui des laboratoires Saint Antoine qui dit :
Evitez les accidents, grâce à l'Emouchone Saint Antoine, un véritable chasse mouches fabriqué à Saint-Léonard-de-Noblat en Haute Vienne par la maison J.A.Chaume - fondée en 1918.
Celui qui n'a pas connu cette pancarte, en lisant cela est vachement dans le flou.
Face à ce placard, Ju&Gi sont restés interdits (et non pas en sens interdit comme l'a prétendu Patrick, en lisant cette fresque).
Et comment Justin à peine âgé de 19 ans a réussi à pousser Gilberte vers la mairie, on ne le saura jamais.
Toujours est-il que lorsqu'ils sont repartis à moto, leurs jambes flageolaient de plus belle !